Un appel d'offres se perd rarement sur le prix du béton. Il se perd sur une ligne du CCAP lue en diagonale, sur un échafaudage que personne n'avait pris dans son lot, sur une contradiction entre un plan et un article du CCTP que l'on découvre trois mois après la signature.
Le dossier de consultation des entreprises, le DCE, c'est le paquet de pièces que le maître d'ouvrage envoie aux candidats. Tout ce qui coûtera cher plus tard y est déjà écrit. Le problème n'est pas que ce soit caché, c'est que c'est réparti sur quatre cents pages et que le délai de remise est de trois semaines.
Ce que contient un dossier de consultation
La composition varie selon le marché, public ou privé, mais on retrouve presque toujours les mêmes familles de pièces.
- Le règlement de consultation : la date limite, la forme de la réponse, les critères de jugement et leur pondération, les variantes autorisées ou non.
- L'acte d'engagement : la pièce que l'entreprise signe, avec son prix et ses délais.
- Le CCAP, cahier des clauses administratives particulières : les pénalités, la retenue de garantie, la révision des prix, les assurances, le compte prorata.
- Le CCTP, cahier des clauses techniques particulières : la description des ouvrages, lot par lot.
- La DPGF ou le bordereau de prix : la trame chiffrée que l'entreprise doit remplir.
- Les plans, le planning prévisionnel, et les rapports annexés (étude de sol, repérage amiante, avis du contrôleur technique).
Ces pièces ne se valent pas. Certaines décrivent, d'autres engagent.
L'ordre de priorité des pièces décide qui aura raison
C'est le point le plus souvent survolé, et c'est celui qui tranche les litiges. Le CCAP, ou l'acte d'engagement, contient une liste des pièces contractuelles classées par ordre de priorité. Quand le CCTP dit une chose et que le plan en dit une autre, ce n'est pas la logique du chantier qui décide, c'est ce classement.
Une entreprise qui a chiffré d'après le plan alors que le CCTP prime vient de s'engager sur une prestation qu'elle n'a pas prévue. Lire cette liste prend deux minutes. Elle conditionne la lecture de tout le reste.
Les cinq endroits où le risque se cache
Une fois la hiérarchie des pièces posée, on va chercher le risque là où il se trouve vraiment.
- Les pénalités du CCAP. Montant par jour de retard, plafond éventuel, pénalité pour absence aux réunions de chantier, pour non remise du dossier des ouvrages exécutés. Une pénalité journalière non plafonnée sur un chantier long change la nature du risque.
- Les prestations mises « à la charge du titulaire ». La formule revient dans le CCAP et dans chaque chapitre du CCTP. Nettoyages, protections, échafaudages, alimentations de chantier, études d'exécution. Chacune est une ligne de coût qui n'apparaît nulle part dans la DPGF.
- Les interfaces entre lots. Réservations, scellements, percements, raccordements. Quand deux CCTP se renvoient la charge, personne ne l'a chiffrée, et l'arbitrage se fait en réunion de chantier.
- Les contradictions entre pièces. Une épaisseur d'isolant différente entre le CCTP et le plan de détail, une quantité de la DPGF qui ne correspond pas au métré, une hauteur sous plafond qui varie d'un document à l'autre.
- Les variantes et les options. Le règlement de consultation dit si elles sont autorisées, et surtout si l'offre de base reste obligatoire. Une variante remise sans offre de base peut suffire à écarter le candidat.
Lire le DCE dans le bon ordre
L'ordre de lecture naturel, celui du classeur, est le pire possible : on commence par la technique et on découvre les conditions administratives à la fin, quand il ne reste plus de temps pour réagir.
L'ordre utile est l'inverse.
- D'abord le règlement de consultation. Peut-on répondre, dans le délai, sous la forme demandée, et sur quels critères sera-t-on jugé.
- Ensuite le CCAP. Quel risque contractuel on prend, et à quel prix il faudrait l'assumer.
- Puis la DPGF. Elle donne la structure du chiffrage à venir, poste par poste. On lit la trame avant de lire la prose.
- Le CCTP ensuite, en regard de la DPGF. Chaque article se pointe sur une ligne de la trame. Les articles sans ligne correspondante sont les prestations qui manquent au bordereau.
- Les plans en dernier. Ils servent aux quantités, pas à la découverte du projet.
Cette lecture produit trois choses : une liste de risques, une liste de questions à poser pendant la période de consultation, et une trame prête à chiffrer.
Du dossier de consultation au chiffrage
La suite est un travail de quantités. On relève les surfaces et les linéaires sur les plans, c'est le métré bâtiment, puis on applique les prix. Un poste se décompose en main d'œuvre, fournitures et matériel, ce que le métier appelle le déboursé sec, avant d'y ajouter les frais et la marge pour obtenir le prix de vente. Passer de la trame de la DPGF aux prix, ligne par ligne et sans ressaisie, c'est exactement ce que fait un logiciel de chiffrage bâtiment.
C'est le travail quotidien de l'économiste, en entreprise comme en cabinet, et c'est ce que fait un logiciel économiste de la construction : tenir la base de prix, garder la trame, éviter que chaque affaire reparte d'un tableur neuf. Pour une entreprise générale qui répond à plusieurs consultations en parallèle, un logiciel constructeur bâtiment sert à ne pas perdre le fil entre les affaires à l'étude et celles déjà signées.
Une fois l'offre remise et le marché obtenu, le DCE ne disparaît pas. Il devient la référence du chantier : les pénalités s'appliquent, les prestations à la charge du titulaire se paient, le planning contractuel court. C'est là qu'un logiciel de suivi de chantier prend le relais du chiffrage, avec les mêmes quantités.
Et à la fin, le dossier des ouvrages exécutés, souvent exigé sous peine de retenue, se prépare avec un logiciel DOE plutôt qu'à la main la semaine de la réception.
Ce que nous préparons pour la rentrée
Cette lecture, aujourd'hui, se fait à la main. Nous travaillons sur un outil qui lit un dossier de consultation en entier et qui rend trois choses : une analyse de risque avec le numéro de page pour aller vérifier soi-même, un chiffrage préparé lot par lot sur votre propre trame, et un premier jet de mémoire technique.
Il sera présenté courant septembre, en même temps que la refonte du site. Si vous répondez à des appels d'offres et que le sujet vous parle, écrivez-nous : les retours de cette période nourrissent directement l'outil.
Et pour avoir un petit teasing, voici un une vidéo de démonstration:
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un DCE et un DOE ?
Le dossier de consultation des entreprises est envoyé avant le marché, pour permettre aux entreprises de chiffrer. Le dossier des ouvrages exécutés est remis après les travaux, et décrit ce qui a réellement été construit.
Qui rédige le dossier de consultation ?
Le maître d'ouvrage, assisté de son maître d'œuvre et, selon les projets, d'un économiste de la construction et de bureaux d'études techniques.
Que faire en cas de contradiction entre deux pièces du DCE ?
Se reporter à la liste des pièces contractuelles par ordre de priorité, en général dans le CCAP. Et poser la question par écrit pendant la période de consultation : la réponse du maître d'ouvrage vaut pour tous les candidats.
Peut-on chiffrer sans avoir lu le CCAP ?
On peut, et c'est précisément ainsi que les pénalités et les prestations à la charge du titulaire se retrouvent oubliées dans le prix.
